JUIN
Vendredi
Pour moi, les vacances d’été, ce n’est rien de plus que trois mois d’entreprise de démoralisation.
Sous prétexte qu’il fait beau, il faudrait toujours qu’on passe son temps à « s’éclater » dehors. Dès qu’on ne se précipite pas au soleil, les gens pensent qu’on n’est pas normal. Mais la vérité, c’est que j’ai toujours été casanier.
Moi, j’aime passer mes vacances d’été devant la télé, avec une console de jeux, les rideaux tirés et la lumière éteinte.
Malheureusement, ma mère n’a pas la même conception que moi des vacances d’été de rêve.
Maman dit qu’à mon âge, ce n’est pas « naturel » de rester enfermé quand il fait beau dehors.
Je lui répète que j’essaye juste de protéger ma peau pour ne pas avoir plein de rides quand j’aurai son âge, mais elle ne veut rien écouter.
Il faut toujours qu’elle essaye de me faire faire des trucs à l’extérieur, comme aller nager. Mais j’ai passé tout le début de l’été à accompagner Robert à la piscine, et ça n’a pas été une réussite.
Les parents de Robert sont membres d’un club privé, et on s’est précipités là-bas dès le premier jour des vacances.
Et puis on a commis l’erreur d’inviter cette fille, Trista, qui vient d’emménager dans le quartier. J’ai cru que ce serait vraiment cool de l’avoir avec nous au club. Mais on n’était pas à la piscine depuis cinq minutes qu’elle avait rencontré un maître-nageur et nous laissait complètement tomber.
Ça m’a appris qu’il y a des gens qui n’hésitent pas à se servir de vous, surtout quand il y a un club privé dans l’histoire.
De toute façon, on était bien mieux sans une fille dans les pattes. On est tous les deux célibataires et, l’été, mieux vaut être libre comme l’air.
Il y a quelques jours, j’ai remarqué une petite baisse de qualité dans le service du club. Par exemple, la température du sauna devenait un brin trop chaude, ou le garçon avait oublié de mettre un petit parasol en papier dans mon verre de smoothie.
J’ai fait part de mes remarques au père de Robert. Mais, je ne sais pas pourquoi, M. Jefferson ne les a jamais transmises à la direction du club.
Je trouve ça bizarre. Si c’était moi qui payais pour avoir ma carte de membre, je voudrais être sûr d’en avoir pour mon argent.
Bref, c’est juste après ça que Robert m’a dit qu’il ne pouvait plus m’inviter à l’accompagner, et ça me va TRÈS BIEN. Je suis beaucoup plus heureux chez moi avec la clim, là au moins pas besoin de vérifier qu’il n’y a pas une guêpe dans mon soda à chaque fois que j’ai envie de boire.
Samedi
Comme je le disais, ma mère essaye toujours de me forcer à aller à la piscine avec elle et Manu, mon petit frère. Mais le fait est que mes parents vont à la piscine MUNICIPALE, et pas dans un club privé. Et, une fois qu’on a goûté au club privé, c’est dur de redevenir M. Tout-le-Monde à la piscine municipale.
En plus, l’année dernière, je me suis juré de ne plus jamais remettre les pieds là-bas. À la piscine municipale, il faut traverser les vestiaires pour aller nager, ce qui veut dire qu’on passe devant les douches, où il y a des vieux qui se savonnent devant tout le monde.
La première fois que j’ai traversé le vestiaire des hommes reste l’une des expériences les plus traumatisantes de ma vie.
J’ai de la chance de ne pas être devenu aveugle. Sérieusement, je ne vois pas pourquoi mon père et ma mère trouvent les films d’horreur et ce genre de trucs trop durs pour moi, et m’exposent à un spectacle cent fois plus effrayant.
Je voudrais vraiment que maman arrête de me parler de la piscine : ça me rappelle à chaque fois des images que je fais tout pour oublier.
Dimanche
Bon, maintenant, C’EST SÛR, je vais rester enfermé jusqu’à la fin de l’été. Hier soir, maman a organisé une « réunion familiale » pour dire qu’on était un peu justes cette année et qu’on n’avait pas assez d’argent pour aller à la mer. Donc, pas de vacances en famille.
C’est vraiment un SALE coup. Cet été, j’étais super-PRESSÉ d’aller à la plage. Ce n’est pas que j’aime la mer, le sable et tout ça, parce qu’en fait, j’aime pas ça. Un jour, j’ai réalisé que tous les poissons, les tortues et les baleines du monde faisaient dedans. Et on dirait bien que je suis le seul que ça gêne.
Mon frère Rodrick se fout de moi parce qu’il croit que j’ai peur des vagues. Mais laissez-moi vous dire que ce n’est pas ça du tout.
Bref, si j’étais tellement pressé d’aller à la mer, c’est que je suis enfin assez grand pour monter dans le Broyeur de Neurones, une attraction complètement dingue installée sur la promenade. Rodrick en a déjà fait des centaines de tours, et il dit qu’on ne peut pas être un homme tant qu’on n’est pas monté dedans.
Ma mère a dit qu’on pourra retourner à la mer l’an prochain si on « économisait des sous ». Et puis elle a promis qu’on ferait plein de trucs marrants tous ensemble et, qu’un jour, on se souviendrait de ces vacances comme du « plus bel été de notre vie ».