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3e Foire du livre de jeunesse de Shanghai toujours plus professionnelle

Par Claude Combet, à Shanghai, le 15.11.2015 à 19h58 (mis à jour le 15.11.2015 à 20h00)

9 000 professionnels ont fréquenté, du 13 au 15 novembre, les 500 stands de la manifestation spécialisée, où a été rendu un hommage émouvant à Paris meurtri par les attentats.

La 3e édition de la Foire internationale du livre de jeunesse de Shanghai (CCBF, China Children’s Book Fair), organisée du 13 au 15 novembre par la Shanghai Press and Publication Administration (SPPA) et Reed Exhibition China, l’a affirmé comme le principal rendez-vous asiatique de l’édition enfantine.La manifestation est désormais scindée en deux parties, l’une professionnelle, qui a fait montre d’une grande activité sur les trois jours avec plus de 9 000 professionnels du monde entier, contre 7 000 l’an dernier, et l’autre réservée au public, qui devait dépasser les 30 000 visiteurs d’après les estimations réalisées peu avant la clôture.

Marché en pleine expansion

Dans un contexte de forte expansion du marché du livre chinois (+ 13 % en 2014 par rapport à 2013), les éditeurs locaux sont en demande d’informations et les 20 conférences professionnelles ont fait le plein. Les 17 000 m2 dédiés sur le site de Shanghai World Expo, dans le quartier moderne de Pudong (sur les lieux de l’exposition universelle de 2010), se sont révélés presque insuffisants, et la manifestation pourrait occuper deux pavillons lors de sa prochaine édition.

Outre 500 exposants (250 en 2014), la foire a accueilli trois expositions de qualité consacrées aux illustrateurs chinois, aux illustrateurs débutants du monde entier et au premier prix du moulin d’or (décerné à la Chinoise Jieyan Zhou et au Polonais Michal Suska), démontrant la richesse de l’illustration chinoise contemporaine.

L’exposition « De la France à la Chine, les albums voyagent », d’après une sélection de Sophie Van der Linden sur l’album, proposée par la Foire, l’ambassade de France en Chine et la Bibliothèque nationale de Chine (où elle sera installée du 25 novembre au 25 décembre) présentait de son côté des albums en français et en chinois sur un mobilier original en forme de Tangram.

Progression spectaculaire

« Les éditeurs européens ont une tradition centenaire de l’album. La création chinoise est en progression spectaculaire depuis 5 ans et les ventes de nos albums en pleine croissance. Nous devons vendre nos droits« , souligne Bai Bing, directeur de Jieli, l’un des principaux éditeurs de jeunesse chinois. « Après Pékin et Francfort, Shanghai est la 3e foire de droits pour nous. Nous avons vendu 153 titres en 2014 sur l’ensemble« , indique de son côté Li Xueqian, président de China Children’s Press and Publication Group (CCPPG), le leader du secteur.

Shanghai entend se positionner comme le « Bologne asiatique », relai jeunesse entre les foires généralistes de Pékin et Francfort. « Le pavillon jeunesse de la Foire de Pékin est réservé aux éditeurs d’Etat, les éditeurs chinois privés viennent à la Foire de Shanghai« , déclare Anne Vignol, responsable des droits d’Hachette Jeunesse, qui n’avait pas moins de 30 rendez-vous. « Nous ne publions des albums que depuis 2 ans et c’est la première fois que nous venons. C’est un succès en terme d’images et de rencontres : nous reviendrons« , affirme de son côté Yuan Wang de Green Beans Books.

La France à l’honneur

Les éditeurs nordiques — qui fêtent cette année les 70 ans des Moumines et ceux de Fifi Brindacier — étaient présents dans un très beau stand collectif. Le Britannique Walker Books, également lauréat d’un prix Chen Bochui, avait son stand tandis que 14 maisons se partagaient le stand du Royaume Uni et le l’Irlande du nord. Les éditeurs allemands d’une part, américains de l’autre, avaient aussi leur espace commun. Malgré une présence modeste (quatre éditeurs : Albin-Michel Jeunesse, Hachette Jeunesse, l’agence Dakaï représentant entre autres L’Ecole des loisirs, et Flammarion-Casterman partagaient un stand), la France était à l’honneur dans l’exposition « De la France à la Chine ». L’un des cinq prix internationaux Chen Bochui a été remis à La Ballade de Mulan, traduit par Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet (HongFei Cultures), tandis qu’avaient été invités Hélène Wadowski, directrice de Flammarion Jeunesse-Père Castor, et deux auteurs, Catharina Valckx et Yvan Pommaux, dans le cadre du cinquantenaire de l’Ecole des loisirs.

Répondant à l’interpellation de Bai Bing qui s’inquiétait de la qualité des traductions et du manque de traducteurs, Delphine Halgand, attachée culturelle chargée du livre à l’ambassade de France a annoncé des aides aux traducteurs et aux éditeurs et la remise du 7e prix Fu Lei à Shanghai le 28 novembre au meilleur traducteur (littérature, non-fiction et jeune talent). Enfin, suite aux attentats du 13 novembre, un hommage émouvant a été rendu à Paris dès samedi matin par deux illustrateurs chinois, A Hua et Xiao  Zaozi, qui ont fait une fresque dans le salon.

Ils ne recherchent plus des séries mais des albums plus sophistiqués et plus exigeants Eloïse Elandaloussi

3e pays auquel les éditeur chinois achètent les droits, après les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la France est toujours recherchée pour la qualité de ses illustrations. « Les éditeurs chinois ont des comportements d’achat différents. Ils ne recherchent plus des séries mais des albums plus sophistiqués et plus exigeants. Ils sont même fascinés par nos pop-up et posent des questions sur leur fabrication (ils savent que c’est fait en Chine) même s’ils estiment qu’ils n’ont pas encore le marché pour ça. C’était pour nous le bon moment de venir à leur rencontre« , estime Eloïse Elandaloussi, responsable de droits d’Albin Michel Jeunesse. « Le marché chinois arrive à maturation et les éditeurs recherchent des albums « stand alone » plus artistiques. Je ne peux pas me permettre de rater cette transition. Shanghai 99 a publié Rebecca Dautremer et je viens de vendre les livres d’Eric Puybaret« , confirme Anne Vignol.

 « Les éditeur chinois ont changé et recherchent des titres avec de l’humour, de la poésie, de l’art, de la transgression » souligne Delphine Halgand. « Nos illustrateurs doivent participer à des rencontres internationales, comprendre la réalité du livre de jeunesse, comment construire un scénario, suivre des master-class pour que nous puissions exporter le « goût » chinois« , insiste Yan Xiaoli, directrice de Dendelion. Plus ouverts au monde extérieur, les éditeurs chinois sont plus professionnels, se sont familiarisés très vite aux réseaux sociaux, au multimédia et à la « pensée globale ».

L’enjeu est de taille : 230 millions de jeunes Chinois ont moins de 16 ans, et le gouvernement vient de mettre en application la politique du deuxième enfant.

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