A la une

Yuko Tsushima disparaît à 68 ans

Cécile Mazin – 19.02.2016 dans Actualitté, Les univers du livre

« Pourquoi écrit-on des romans et des poèmes ? Désire-t-on par là transcender l’espérance de la vie ? Je pense, pour ma part, que les hommes au contraire ne peuvent s’empêcher d’écrire des mots pour admettre la mort qui peut advenir à tout instant. » Ainsi s’interrogeait Yuko Tsushima, auteure japonaise décédée, à l’âge de 68 ans, emportée par un cancer.

 

 

 

« La richesse des analyses psychologiques, la finesse de l’observation quotidienne, la subtilité de la construction font de ce roman, probablement l’un des plus remarquables de Tsushima et l’un des plus frappants qui aient été publiés au Japon depuis Sôseki », écrivait son éditeur, Seuil, pour son livre Ô vent, ô vent qui parcours le ciel.

 

L’auteure y parlait du décès de sa propre mère (traduction René de Ceccatty)

 

« Maman morte.

…maman est morte sans que je le sache.

Une fois pour toutes, je dois décider qu’il en est ainsi.

Une fois pour toutes.

Combien de fois ai-je murmuré ces mêmes mots ? Mais je n’en croyais rien. Parce que je la voyais vivre à côté de moi, avec plus de vitalité que moi. »

 

En dehors de toute mode japonaise, Tsushima affirme sa singularité à l’intérieur de son propre pays et sa parenté avec les grands écrivains de l’introspection.

 

Elle avait fait ses débuts d’auteure en 1969, et remporta de nombreux prix, dont le Yomiuri en 1987, et en 1998, le prix Junichiro Tanizaki.

 

Son dernier ouvrage, Album de rêves, était paru chez Seuil en 2009. Une atmosphère troublante, obsédée par le passé et la vie intérieure.

 

« Ces textes oniriques prennent tantôt la forme de récit de rêves proprement dits, tantôt celle de nouvelles, mais Yûko Tsushima entretient avec le temps un rapport intense, qui ne correspond pas à une temporalité linéaire et quotidienne. Les “rêves” qu’elle évoque sont dominés par la mort de son fils, auquel elle a consacré l’essentiel de son œuvre, mais aussi à des liaisons sentimentales difficiles, à des visions, à des changements d’appartement, à des souvenirs plus lointains. »

 

Jouant sur toute la gamme narrative et réflexive qu’offre la vie rêvée, elle approfondit, la connaissance de soi et n’abandonne jamais pour autant le lecteur.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.