Salon du livre Geneve

Isabelle Falconnier, président du SILP de Genève


Femme : Isabelle Falconnier, la détonante

Notre interview | 19 avril 2012 | Adélita Genoud

N’essayez pas de faire entrer Isabelle Falconnier dans un moule ! La journaliste, présidente du Salon international du Livre et de la presse de Genève n’est jamais là où on l’attend. La preuve, celle dont les chroniques provoquent, interpellent, agacent, tsunamisent les méninges est l’anti thèse de la grande gueule. A l’oral. Un rien timide, d’apparence fragile, un visage de post adolescente alors qu’elle est maman de deux ados de 16 et 13 ans, Isabelle Falconnier est une personnalité surprenante. La libertine, qui affiche la couleur de ses amours, est une féministe « qui aime les hommes ». C’est elle qui le dit. Au cas où d’aucuns la catégoriseraient du côté de celles qui se montrent un peu trop revanchardes (à son goût) envers le sexe prétendument fort.

Comme vous êtes journaliste, nous ne vous ferons pas l’affront de poser les questions qui fâchent à la fin de l’entretien. Vous êtes donc la présidente du Salon du livre et vous occupez des responsabilités à l’Hebdo. Ce cumul des tâches ne gêne-t-il pas aux entournures ?

Je ne suis plus rédactrice en chef adjointe de l’Hebdo. Je suis chargée de projets magazines et responsable littéraire. Alors, le Salon du livre c’est une sorte d’extension de mes compétences dans le monde du livre et en matière d’organisation. Je ne suis pas une employée de Palexpo mais j’y travaille sous mandat de trois ans renouvelable.

Vous vivez avec l’un des rédacteurs en chefs adjoints de l’Hebdo, Christophe Passer. Là encore n’y a –t-il pas hiatus ?

Nous sommes en couple depuis cinq ans. Mais au journal, nous nous comportons en collègues. Pas de gestes tendres entre nous. Le reste de l’équipe ne semble pas perturbée par notre situation matrimoniale. Et puis notre couple n’est pas une exception. Dans toutes les entreprises, il y a des relations amoureuses qui se tissent. Un couple qui travaille ensemble découvre des aspects de son conjoint qu’il ne connaitrait sans doute pas autrement.

Soit, travailler avec son mari, une gageure ?

Non, au contraire. Au reste le soir, nous avons un petit rituel. Nous nous disons bonjour une seconde fois et c’est en quelque sorte le signal pour entamer le versant privé de notre vie. Et puis, exercer la même profession que son conjoint a quelques avantages. Il sait de instantanément de quoi vous parlez. Il comprend les exigences de ce métier et ne s’offusque pas si vous devez rester à la rédaction pour terminer un article. Mon premier mari, Fathi Derder, était aussi journaliste. Et cela n’a jamais posé de problème entre nous.

Vous êtes libertine. Que faut-il comprendre ? Vous avez des mœurs libres, vous vous affranchissez de toutes contraintes ?

Davantage libertaire que libertine ! Je suis très attachée au respect des valeurs individuelles, en général dans la société et dans un couple en particulier. Un mari et une femme ne s’appartiennent pas, même mariés. Quand on partage l’existence de quelqu’un, on fait le choix chaque jour de rester avec lui. La fidélité doit être une envie, pas une loi. Je considère le désir, dans un sens large, profond et existentiel, qu’il s’agisse de sensualité, de découverte, de voyages, comme un moteur de vie.

Je ne prône pas le polyamour mais je n’ai pas de tabou dans ma vie amoureuse. Je revendique cette forme de liberté pour moi autant que pour mes conjoints. Je suis par exemple étonnée quand une femme dit « Mon » homme. L’expression est charmante mais au-delà peut laisser supposer que l’on fait entrer son partenaire dans son propre système de valeurs, les formater.

Les relations homme/femme sont un domaine essentiel, passionnant, qui n’est pas suffisamment pris au sérieux dans notre société. Personne ne nous apprend à être ensemble. Nous fonctionnons encore sur ce schéma mythique qui consiste à croire que lorsqu’on tombe amoureux on sait, spontanément, comment s’appréhende l’amour au jour le jour. Mais la vie de couple est un apprentissage long, subtil, passionnant.

Votre discours surprend dans une société, qui n’étant pas à une contradiction près, affiche dans le même temps son hypersexualisation et son besoin de rester corsetée face à la chose sexuelle.

Il est vrai que notre société a de la peine avec ses cinq sens, et donc avec la sensualité, qui pourtant est notre manière première d’appréhender le monde, d’en prendre conscience. Elle est froide et pudique parfois. Je considère que l’érotisme est une pulsion de vie positive, qui relève de la joie et qu’il s’agit de sortir de la honte ou de la névrose. C’est un vecteur de créativité que j’apprécie dans la littérature, dans l’art en général.

Au temps fort de l’affaire Dominique Strauss Kahn, vous avez publié une chronique dans laquelle vous expliquiez qu’une agression sexuelle pouvait être diversement ressentie par les victimes. Et qu’il fallait dissocier les femmes de leur vagin. Cette analyse a heurté des lecteurs et lectrices ?

J’ai reçu quelques lettres certes, mais sans excès. Ecrire une chronique est un exercice complexe. La concision nécessaire peut prendre de court certains lecteurs. En l’occurrence, dans cet article je n’ai pas voulu sous-entendre qu’un viol ou un abus sexuel n’étaient pas un acte grave pour les victimes. Je voulais sortir de cette approche manichéenne (les bons d’un côté et les méchants de l’autre) en amenant un nouvel élément au débat DSK. Je pense qu’il est important de dissocier le fait d’agresser et le fait d’être agressée. Si une agression est toujours un fait grave, chaque femme réagit différemment à un traumatisme subi, de la même manière que chaque personne qui perd un proche réagit et vit différemment son deuil.

Vous voilà donc pourfendeuse de la pensée unique ?

Je cherche à penser tout court. Je trouve que d’une manière générale, nous ne réfléchissons pas assez, nous ne cherchons pas à savoir pourquoi nous pensons d’une certains manière, ce qui nous conditionne, de notre environnement à notre parcours familial. Les gens s’arrêtent trop souvent à la surface des choses. Je suis très frustrée d’entendre les mêmes idées relayées en boucle. La plupart des avis sont assénés de manière péremptoire sans que l’on prenne la peine d’amener d’autres angles, des points de vue décalés. En matière de sujets société, de mœurs, de comportements, c’est flagrant.

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